La notion de service public

Même si elle doit partager la scène avec la notion de prérogatives de puissance publique, la notion de service public conserve un rôle majeur en droit administratif. La présence d'un service public au litige constitue, en effet, une condition indispensable pour déterminer la compétence du juge administratif. Ainsi, s'explique la très didactique jurisprudence du Conseil d’État pour identifier les services publics, notamment lorsque leur gestion est confiée à des personnes privées. Pour autant, il s'agit là d'une condition insuffisante du fait de l'existence, depuis l'arrêt du Bac d'Eloka de 1921, de deux catégories de services publics : les services publics administratifs (SPA) et les services publics industriels et commerciaux (SPIC). Les premiers relèvent majoritairement de la compétence du juge administratif, les seconds de celle du juge judiciaire. Pour les distinguer, le juge recours, alors, aux qualifications textuelles ou, en leur absence, aux critères dégagés par la jurisprudence USIA.

La France se caractérise par l’importance de ses services publics. Cependant, ces derniers ne sont pas tous gérés par des personnes publiques. Le secteur privé y contribue également. L’évolution de la société civile a amené les pouvoirs publics à composer avec elle pour offrir au mieux aux citoyens certains services publics. Le juge administratif veille à cette répartition opérée par les personnes publiques.

De nombreux arrêts se veulent l’application fidèle de principes jurisprudentiels dégagés antérieurement. D’autres s’autorisent, au contraire, certains écarts avec ces principes dans un but de politique jurisprudentielle : c’est le cas de l’arrêt Beaufils dont la finalité n’est autre que de simplifier les démarches procédurales des skieurs accidentés.

L’identification des services publics a toujours constitué une question centrale en droit administratif, notamment lorsqu’il s’agit de déterminer le juge compétent. Essentielle au début du XX° siècle en raison de la place centrale occupée par la notion de service public, cette question occupe encore de nos jours une place prééminente dans la jurisprudence administrative. L’arrêt commenté est, alors, l’occasion de faire un bilan sur les modes d’identification des services publics gérés par des personnes privées de nos jours.